La Ligue d’Action Féministe en campagne dans les années 1920

Publié le 7 mars 2026 à 10:16

Quand les féministes prenaient la route:

Une campagne automobile pour le droit de vote des femmes dans les années 1920

Dans les années 1920 et 1930, alors que les femmes sont toujours exclues du suffrage en France, les mouvements féministes multiplient les actions spectaculaires pour attirer l’attention du public et de la presse. Parmi ces stratégies militantes originales, l’automobile devient un véritable outil de mobilisation.

La photographie présentée ici témoigne de cette période : un groupe de militantes circule en voiture avec une banderole revendiquant le vote des femmes. Ce type de mise en scène, volontairement visible et médiatique, était destiné à susciter l’intérêt des passants et à être photographié par les agences de presse.

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L’automobile au service du militantisme féministe

Au début du XXᵉ siècle, l’automobile symbolise la modernité et la liberté de mouvement. Les associations féministes comprennent rapidement l’intérêt de ce nouveau moyen de transport : il permet de parcourir rapidement de longues distances, d’organiser des tournées militantes et d’afficher des slogans dans l’espace public.

Les voitures deviennent ainsi de véritables supports de communication. Banderoles et calicots y sont accrochés afin de rendre visibles les revendications féministes lors des déplacements dans les villes ou les campagnes.

Ces actions ont également une dimension médiatique importante : en créant des scènes spectaculaires dans la rue, les militantes s’assurent la présence de photographes et la diffusion de leurs images dans les journaux illustrés.

Marthe Bray et la tournée de 1926

Marthe Bray (Photographie H. Roger-Viollet)

En 1926, la militante Marthe Bray organise une campagne itinérante à travers la France avec la Ligue d’Action Féministe. À bord d’une automobile décorée de slogans, elle sillonne plusieurs villes pour sensibiliser l’opinion publique à la cause du suffrage féminin.

 

Cette tournée vise à interpeller les citoyens, mais aussi les responsables politiques, alors que le débat sur le vote des femmes est régulièrement repoussé par les institutions françaises.

 

Les militantes cherchent ainsi à rendre visible une revendication jugée encore marginale dans la vie politique de l’époque.

La Ligue d’Action Féministe

Photographie Agence H. Roger-Viollet

La Ligue d’Action Féministe est un mouvement militant français actif au début du XXᵉ siècle. Son objectif principal est l’obtention du droit de vote et de l’égalité politique pour les femmes.

Comme d’autres organisations suffragistes de la période, la Ligue organise :

  • des conférences publiques

  • des meetings

  • des campagnes d’affichage

  • des manifestations

  • des actions spectaculaires destinées à attirer l’attention de la presse.

Ces initiatives s’inscrivent dans un mouvement international : plusieurs pays, comme la Nouvelle-Zélande, la Finlande ou le Royaume-Uni, ont déjà accordé le droit de vote aux femmes à cette époque.

Une mise en scène pour les photographes

La scène visible sur la photographie — des militantes rassemblées dans une voiture portant une banderole revendicative — correspond à un type d’action militante fréquent dans les années 1920 et 1930.

Certaines manifestations étaient organisées spécifiquement pour être photographiées par les agences de presse. L’image devenait alors un outil essentiel de propagande et de diffusion des idées.

Ces photographies circulaient dans la presse illustrée et contribuaient à populariser la cause féministe auprès d’un public plus large.

 

Une photographie diffusée par l’agence Roger-Viollet

Le tampon figurant au dos de cette photographie indique qu’elle a été diffusée par l’agence H. Roger-Viollet, l’une des grandes agences photographiques françaises du XXᵉ siècle.

L’agence documentait de nombreux événements sociaux et politiques : manifestations, réunions publiques, scènes de rue ou portraits de personnalités.

Comme c’était fréquent dans le monde de la presse, les négatifs étaient conservés dans les archives de l’agence et pouvaient être réutilisés pour produire de nouveaux tirages destinés aux journaux ou aux chercheurs.

Datation de la photographie

Deux périodes doivent être distinguées :

  • la prise de vue, probablement réalisée dans les années 1920 ou 1930, lorsque les campagnes pour le suffrage féminin se multiplient ;

  • le tirage conservé aujourd’hui, vraisemblablement réalisé entre 1972 et 1980 à partir du négatif original.

Il s’agit donc très probablement d’un tirage de presse d’agence, également appelé tirage d’archive presse.

1944 : le droit de vote enfin accordé

Malgré des décennies de mobilisation, les femmes françaises devront attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour obtenir l’égalité politique.

Le 21 avril 1944, une ordonnance signée par Charles de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la République française, accorde enfin aux femmes le droit de vote et d’éligibilité.

Les Françaises participent pour la première fois à une élection lors des élections municipales d’avril 1945.

 

Cette photographie rappelle ainsi un moment essentiel de l’histoire du féminisme français : celui d’un combat long et déterminé pour la reconnaissance de la citoyenneté des femmes.

Sources d’informations

  • Bibliothèque Marguerite Durand, Paris – archives du mouvement féministe français.

  • Centre des archives du féminisme, Université d’Angers.

  • Roger-Viollet, fonds photographiques historiques.

  • Christine Bard, Les Filles de Marianne : histoire des féminismes 1914-1940, Fayard.

  • Françoise Thébaud, Écrire l’histoire des femmes et du genre, ENS Éditions.

  • Ordonnance du 21 avril 1944 relative au droit de vote des femmes.

 

 

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